Résumé du livre "De l'inégalité parmi les hommes", de Jared Diamond

Diamond, Jared. 2000. De l'inégalité parmi les hommes, essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire. Paris : Gallimard.

Sitôt qu'il eut perdu l'avance dont il avait bénéficié grâce à la concentration locale de plantes et d'animaux sauvages domesticables, le Croissant fertile ne possédait plus d'autres avantages géographiques irrésistibles. On peut suivre en détail la disparition de cette longueur d'avance, avec le déplacement vers l'Ouest des puissants empires. (...) Le principal facteur de ces glissements saute aux yeux dès qu'on compare le Croissant fertile moderne avec ses descriptions antiques. Les expressions «Croissant fertile» et « champion de la production alimentaire » sont aujourd'hui absurdes. (...) Ainsi, les sociétés du Croissant fertile et de la Méditerranée orientale ont eu le malheur de voir le jour dans un environnement écologiquement fragile. En détruisant leur base de ressources, elles ont accompli un suicide écologique . (p. 424-5)

AUTEUR

Jared Diamond est professeur de physiologie à l'université de Californie. Il est de plus érudit dans les domaines de la biologie évolutionniste, de la linguistique, des oiseaux et dans de nombreuses autres sphères. Son spectre de recherche est très large dans l'histoire de l'homme qu'il nous offre en deux tomes (avec comme premier tome Le troisième chimpanzé), qui est une brillante synthèse de l'évolution de notre espèce à travers les âges. Toutes les sciences relevant de l'homme sont ici touchées pour mieux comprendre notre globalité : paléoanthropologie, économie, histoire, sociologie, philosophie, archéologie, linguistique, biologie, psychologie, politique, etc. Par ailleurs, l'auteur utilise beaucoup d'exemples personnels sur sa vie, ses amis, sa famille et ses voyages ; cela rend le tout plus crédible car plus humble : la connaissance est ici reliée à la pratique. Il se base notamment souvent sur le cas de la Nouvelle-Guinée, qu'il connaît bien et qui est très illustratif. La curiosité de l'auteur est palpable, est sa grande érudition semble l'aider à vulgariser.

RÉSUMÉ

La question de Yali
Dans le prologue, Diamond nous dit que ce livre a été écrit dans le but de répondre à une question posée par Yali, un de ses amis néo-guinéens. Pourquoi est-ce les Européens qui nous ont « conquis », et non l'inverse ?

L'axe des destins
Diamond avance la thèse que c'est autour des « axes qu'ont tourné les fortunes de l'histoire. » (p.199) Pour lui, les « différences frappantes concernant l'histoire à long terme des populations des divers continents ne sont pas le fait de différences innées, mais de différences liées à l'environnement. » (p.419). L'axe est-ouest de l'Eurasie aurait ainsi permis une diffusion beaucoup plus facile des cultures et des animaux domesticables, grâce à des périodes d'ensoleillement et des climats relativement semblables. Tel ne fut pas le cas, par exemple, des Amériques, donc l'axe nord-sud et l'isthme ont rendu de tels échanges définitivement plus compliqués.

Un bref survol d'une si longue histoire... la nôtre
Pour expliciter sa pensée, Diamond offre d'abord un survol de l'évolution et de l'histoire humaines, soit d'environ 7 millions d'années jusqu'à il y a 13 000 ans approximativement, moment où l'agriculture a changé le futur de notre espèce. Il explique ensuite les effets des milieux continentaux sur l'histoire suite à cet événement, en utilisant comme cas la Polynésie, cas très illustratif par ailleurs pour cause de sa grande diversité d'environnements.

Les causes de la facilité de la conquête de l'empire d'Atahualpa
Il utilise aussi l'exemple de la capture d'Atahualpa et ses causes proches, démontrant bien le pourquoi de la collision (et de sa conclusion) entre ces peuples de différents continents. Ainsi, pour Jared Diamond, « la production alimentaire, mais aussi la concurrence et la diffusion entre [les] sociétés sont les causes ultimes, qui, via des chaînes causales qui différaient dans le détail mais qui impliquaient toutes des fortes densités de population et une forme de vie sédentaire, débouchèrent sur les facteurs immédiats de la conquête : germe, écriture, technique et organisation politique centralisée. Parce que ces causes ultimes se développèrent différemment suivant les continents, il en alla de même pour ces agents de la conquête. » (p.301)

L'évolution de la production de notre nourriture
Dans la partie suivante de son livre, l'auteur aborde précisément l'essor et l'extension de la production alimentaire, où l'on voit la variation et l'évolution de ladite production à l'échelle mondiale, avec un focus sur les premiers foyers ainsi que sur les retardataires. Diamond répond de plus à la question suivante : comment, dans les temps préhistoriques, les cultures et les cheptels ont-ils été domestiqués à partir de plantes et d'animaux sauvages ancestraux, sans connaissance des résultats futurs ?

La domestication : obstacles et facilités
La partie qui suit porte sur liens entre les causes lointaines ayant menés à cette domestication et les causes ultimes, débutant par l'évolution des germes, une caractéristique des populations humaines denses, passant ensuite par l'écriture, un produit de la production alimentaire, étant selon les évidences mises à jour dans différents domaines, apparu indépendamment dans les premiers foyers de dite production.
Pour l'auteur, « les sociétés de chasseurs-cueilleurs n'ont jamais élaboré ni même adopté d'écriture parce qu'elles n'en avaient pas les usages institutionnels et manquaient des mécanismes sociaux et agricoles pour engendrer des excédents agricoles permettant de nourrir les scribes. La production alimentaire et les millénaires d'évolution sociale qui ont suivi son adoption ont donc été aussi essentiels pour l'évolution de l'écriture que pour l'évolution des microbes responsables des maladies épidémiques chez l'homme. » (p.242)

De plus, la technologie et l'organisation politique centralisée seraient selon Diamond deux autres conséquences directes de l'agriculture, puisque seuls les surplus agricoles permettent de faire vivre les inventeurs et les hommes politiques, avec malencontreusement la stratification sociale qui s'ensuit.

Sa compréhension des quatre comportements que doit avoir n'importe quelle élite (de ce qu'il appelle une kleptocratie) pour gagner le soutien populaire tout en continuant à jouir d'un mode de vie plus confortable que celui de la grande majorité me semble très intéressant. Ces moyens sont, selon Diamond, les suivants :

« 1. Désarmer le peuple et armer l'élite. C'est beaucoup plus facile en ces temps de haute technologie, (...)
2. Combler les populations en redistribuant une bonne partie du tribut reçu, (...)
3. Employer le monopole de la force pour promouvoir le bonheur, en maintenant l'ordre public et en refrénant la violence. C'est potentiellement un avantage important et sous-estimé des sociétés centralisées sur les sociétés non centralisées.
4.(...) élaborer une idéologie et une religion qui justifie la kleptocratie. (...) [L'idéologie] aide à résoudre ce problème - comment amener des individus non apparentés à vivre ensemble sans s'entre-tuer ? - en créant un lien qui ne repose pas sur la parenté. (...) [Ladite idéologie ou religion] donne au gens un mobile, autre que l'égoïsme génétique, pour sacrifier leur vie au nom des autres. » (p.284-5)

Cela ressemble malheureusement de près à la réalité, n'est-ce pas ?

Le monde disséqué et expliqué
Finalement, la dernière partie nous propose un survol du monde en cinq chapitres, abordant successivement l'Australie et la Nouvelle-Guinée, la Chine et son unité, la Polynésie, l'Amérique et l'Europe en 1492 ainsi que les raisons de la négritude africaine, le dernier cas étant extrêmement intéressant. Il conclut finalement avec un épilogue des plus éclairants sur l'avenir de l'histoire humaine considérée comme une science. Pour lui, « en histoire, comme dans d'autres sciences historiques, la prédiction est surtout envisageable sur des grandes échelles spatiales et sur de longues périodes, lorsque les singularités de millions de petits événements de courtes durées se trouvent aplanies. » (p.439)

Voilà qui exprime bien la pertinence de ce livre, qui répondit à nombre de mes questionnements, abat de nombreux préjugés et qui remet en perspective lesdites singularités de l'espèce humaine...

Valérie Fournier L'Heureux