RecycART: 1er Juillet, jour du déménagement, Montréal recycle les déchets en Art

Pour une troisiéme année consécutive, Montréal servira de théâtre à l’événement RECYCART, un rassemblement artistique, politique et écologique dont l’action vise à rétablir la présence physique des ordures abandonnées dans les ruelles de la ville en les transformant en objet de contemplation esthétique. Le 1er Juillet 2007, jour de la fameuse et traditionnelle journée du déménagement (qui se produit en coincidence avec l'anniversaire du Canada), quelques dizaines de créateurs de tous genres déambuleront dans les rues de la métropole en s’affairant à transformer les ordures montréalaises en œuvres d’art.

Comme le déménagement présuppose un ménage et que le principal outil du ménage est la poubelle, le choix du 1er Juillet comme date événementielle est symbolique mais surtout stratégique. RECYCART entend profiter de l’absurde abondance de détritus afin de sensibiliser la conscience populaire à la surconsommation, et ce en dévoilant le potentiel artistique qui réside en ce que les gens considèrent comme des objets désuets et seulement bons pour la poubelle, en ce qui est considéré comme déjà consommé. Puisque la surconsommation, par la pollution qu’elle entraîne, doit être considéré comme une des causes les plus importantes du mauvais traitement que l’on inflige à notre environnement, et comme la menace environnemental est un danger des plus sérieux, le message social que RECYCART médiatise à travers l’art est d’une importance des plus criantes.

Pour cette troisième édition du RECYCART, les participants/créateurs de tous acabits (tagers, photographes, peintres, menuisiers, ingénieurs, comédiens, poètes et autres) envahissent les rues tôt la nuit et se réapproprient ce que d’autres ont laissé de côté : ils peignent sur des matelas, écrivent leurs poèmes à même les laveuses, décapent et restaurent une commode à même les rues, taguent leur effigie sur des causeuses, graphent leurs propos politiques sur des télévisions brisées. Le résultat est hétéroclite et spontané, une fiesta dont seule la diversité retentit. Tout artiste ou écologiste y trouve son compte et la ville se réveille le lendemain redorée, décorée de ses propres déchets.

En 2006, le mouvement a innové. La soirée a débuté avec une création collective alors que chaque participant était invité à se rendre au Métro Mont-Royal, à 21h00, armé d’un débris qu’il avait trouvé sur son chemin d’arrivé. Les trouvailles étaient assemblées sur place afin de former une oeuvre commune qui a servi de coup d’envoi à la soirée. La foule s'est divisée ensuite en petits groupes qui sont allés explorer différentes rues de l'arrondissement Plateau Mont-Royal, laissant libre cours à leur volonté créatrice.

Il est également important de noter que, comme les années précédentes, la Ville de Montréal a donné son approbation à l’événement. On peut de même suggérer que RECYCART, par son initiative et par son action, sera d’une certaine aide à la Ville de Montréal. Dans un communiqué du 19 Juin 2006 intitulé « Mon quartier tout beau…tout propre ! » / « Un déménagement tout en beauté… en propreté ! » (Voir site Internet de la ville de Montréal), la ville rappelle à ses citoyens que l’un des plus importants problèmes de la période du déménagement est « l’élimination des déchets encombrants. » RECYCART s’installe en ce sens parfaitement dans la logique d’un quartier plus beau, et ce parce que son but n’est pas d’éliminer les déchets mais bien plutôt de leur donner un second souffle. À mesure que les ordures atterriront sur la rue, nous prévoyons capturer ces objets en transition de la propriété privée à la responsabilité municipale en les manipulant et les peignant afin de restaurer leur présence physique et symbolique dans la quotidienne urbaine. Le déchet grandit en beauté, et, par le même biais, Montréal s’embellit aussi. Ainsi plus RECYCART réussira à rendre la ville belle, plus elle aura atteint son objectif, et ce puisque le mouvement aura réussi à faire sortir le beau de ce que la communauté juge comme mauvais, de ce dont souhaite se départir.

D’un point de vue pragmatique, les fantaisistes bohémiens trouvent dans ce happening une importante tribune. Pour percer dans le milieu culturel, les créateurs sont fréquemment contraints à se conformer à l’establishment artistique afin de faire connaître leurs œuvres. Mouvement de masse, qui s’adresse autant à une clientèle populaire qu’esthète, le RECYCART se présente comme une alternative à l’art officiel. Tel un gigantesque musée d’art contemporain, Montréal se découvre aux yeux des curieux qui s’arrêtent pour contempler les œuvres nocturnes. Rares sont les abonnés des Beaux-arts, mais nombreux sont ceux qui empruntent les artères du Plateau pour se rendre au travail. Pour les artistes, il s’agit là d’un excellent moyen de limiter les coûts matériels de la création artistique et d’exhiber leurs talents en plein public, sans endommager les infrastructures publiques. Un vernissage abordable autant pour l’artiste, le visiteur et les services d’entretien municipaux.

RECYCART offre ainsi la Ville de Montréal comme lieu d’expression à un important public, donnant l’opportunité unique à plusieurs artistes, créateurs ou individus responsable de quelque horizon que ce soit, de laisser libre cours à leurs élans créateurs et ce tout en lançant un important message environnementaliste. Bien que le but premier soit de s’amuser en créant, reste néanmoins que RECYCART, par son cadre réactionnaire, est un moyen de joindre la praxis à la théorie, un moyen de dépassement de la vie de tous les jours par la pratique de l’art.

Vous êtes invités à assister à cette troisiéme édition de RECYCART, un mouvement artistique urbain propre à Montréal.

Si vous désirez plus d'informations, ou vous aimeriez être ajouter à la liste de participants,

vous pouvez rejoindre l'organisatrice du RECYCART

Nika Fotopulos

courriel: recycart@hotmail.com