Résumé du livre "Le troisième chimpanzé", de Jared Diamond

DIAMOND, Jared. 2000. Le troisième chimpanzé. Essai sur l'évolution et l'avenir de l'animal humain. Paris : Gallimard.

La science oblige à modifier en profondeur l'image en majesté que nous nous formions de nous-mêmes. L'astronomie nous a appris que la Terre n'est pas le centre de l'univers, mais l'une des milliards d'étoiles existant dans l'univers. La biologie nous a enseigné que l'espèce humaine n'a pas été créée par Dieu, mais qu'elle est apparue par évolution de concert avec des milliards d'autres espèces. À présent, l'archéologie remet en cause la vision d'une histoire humaine qui aurait été, au cours des derniers millions d'années, une longue marche vers le progrès . (p.218)

L'AUTEUR

Jared Diamond est professeur de physiologie à l'université de Californie. Il est de plus érudit dans les domaines de la biologie évolutionniste, de la linguistique, des oiseaux et dans de nombreuses autres sphères. Son spectre de recherche est très large dans l'histoire de l'homme qu'il nous offre en deux tomes (avec comme deuxième tome De l'inégalité parmi les hommes), qui est une brillante synthèse de l'évolution de notre espèce à travers les âges. Toutes les sciences relevant de l'homme sont ici touchées pour mieux comprendre notre globalité : paléoanthopologie, économie, histoire, sociologie, philosophie, archéologie, linguistique, biologie, psychologie, politique, etc. Par ailleurs, l'auteur utilise beaucoup d'exemples personnels sur sa vie, ses amis, sa famille et ses voyages ; cela rend le tout plus crédible car plus humble : la connaissance est ici reliée à la pratique. Il se base notamment souvent sur le cas de la Nouvelle-Guinée, qu'il connaît bien et qui est très illustratif. L'ouvrage répond à énormément de questions, dont certaines ne s'étaient d'ailleurs jamais pointées à notre esprit, tellement nous en avions préjugé.

RÉSUMÉ

Ce livre, paru d'abord en anglais en 1992, retrace point par point l'ascension et la chute de l'espèce humaine en remontant peu à peu notre parcours, d'il y a environ 7 millions d'années, avec le conte des trois chimpanzés, à il y a environ 11 000 ans avant notre ère, soit avec le grand bond en avant que représenta l'agriculture pour l'animal humain.

L'humain, plus près du chimpanzé que du lion
L'auteur y émet l'opinion suivante : « Je doute que la chasse ait été, comme on le pense généralement, l'aiguillon du développement spectaculaire tant du cerveau de l'homme que de la société. Au cours de notre histoire évolutive, nous n'avons pas été de valeureux chasseurs, mais d'habiles chimpanzés, se servant d'outils de pierre pour se procurer et préparer des aliments constitués par des végétaux et des petits animaux. » (p.56)

Sexualité humaine 101
Diamond aborde ensuite le thème de l'homme sous l'angle d'un animal doté d'un étrange cycle vital. Tour à tour, l'évolution de la sexualité humaine, la science de l'adultère, le choix du conjoint et des partenaires sexuels et finalement la sélection sexuelle et l'origine des races humaines sont successivement abordés. Cette section explicite plusieurs de nos comportements dans le domaine de la sexualité, éclairant leur origine biologique ou génétique.

Caractéristiques uniquement humaines ?
La partie suivante porte pour sa part sur les éléments supposés caractériser notre espèce, soit le langage, l'art, l'agriculture et la toxicomanie. Diamond démontre cependant la présence d'antécédents chez certaines autres espèces du règne animal, ce qui leur enlève de leur spécificité humaine. Pour ce qui est de l'agriculture, Diamond insiste sur ses bienfaits mitigés : « on considère généralement que ce passage de la chasse et de la cueillette à l'agriculture a représenté un progrès décisif dans notre évolution, car, grâce à cette « révolution », nous aurions enfin acquis la stabilité nécessaire pour que la civilisation moderne puisse se réaliser. Or, si l'on examine de près la façon dont s'est passée la transition en question, il apparaît que pour la plupart des êtres humains, il s'en est ensuivi une détérioration de leur condition en raison des maladies infectieuses et de la malnutrition qui l'ont accompagnée et une réduction de l'espérance de vie ; par ailleurs, le sort des femmes s'est dégradé et la stratification en classes inégales est apparue. Dans la trajectoire qui a conduit du statut de chimpanzé à celui de l'humain achevé, l'agriculture, plus que toute autre étape, représente une innovation qui doit être mesuré en termes de coûts et de bénéfices. » (p.171)

Le sens de la conquête
L'avant-dernière partie nous en apprend un peu plus sur les conquérants du monde, abordant premièrement le thème des « premières rencontres », terminées ou presque aujourd'hui. Diamond explique ensuite la chance qui fit des Eurasiens les conquérants du monde : « Si les différents continents ont atteint des niveaux de civilisation différents, c'est non pas du fait de différences génétiques entre leurs populations, mais du fait que les circonstances géographiques propres à chaque région du monde ont permis un développement différent de certains des traits culturels propres à notre espèce. Les populations des divers continents n'ont pas disposé, pour édifier leur civilisation, des même ressources, notamment en matière d'espèces animales et végétales pouvant se prêter à la domestication. Les continents différaient aussi par la facilité avec laquelle les espèces domestiquées pouvaient ou non se répandre d'une région à l'autre. » (p.280). Il passe par après à l'exemple des chevaux et des Hittites dans l'histoire, puis, la partie se conclut sur l'explication concernant la répartition géographique des différentes pigmentations de peau.

Le paradis et l'enfer : ici, maintenant
L'ultime partie porte sur l'inversion brutale qui a fait passer l'animal humain de son essor à sa chute. Diamond détruit d'abord le mythe de l'âge d'or, de l'abondance pour tous, qui n'eu en fait jamais lieu. Il parle ensuite de la guerre éclair fait par les véritables premiers conquérants du nouveau monde sur les grandes espèces potentiellement domesticables. Puis, il termine en abordant la menace écologique que représente la disparition des espèces à un rythme de plus en plus effréné. Il insiste sur le fait que « la menace d'un holocauste nucléaire et d'un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doivent affronter l'espèce humaine aujourd'hui. À côté d'elles, les problèmes de cancer, de sida et de malnutrition, qui nous obsèdent généralement, sont relativement mineurs, car ils ne mettent pas en cause notre survie en tant qu'espèce. » (p.408)

Quel destin ?
Les conclusions que Diamond tirent de toutes ces données sont plutôt pessimistes quant à l'avenir des choses : « En supposant que tous les humains meurent brutalement demain, les dégâts que l'espèce a déjà infligés à son environnement sont à ce point importants que la dégradation se poursuivrait encore pendant des décennies. » (p.425) Poussant sa réflexion encore plus loin, il avance, qu' « en dépit de tous nos antécédents dans le domaine de l'autodestruction, dont la leçon pourrait être tirée, la destruction de l'environnement comme la croissance démographique sont loin d'apparaître à tous comme des fléaux réels, pour ne rien dire de l'état de misère des populations contraintes à la survie et pour lesquelles les préoccupations écologiques sont proprement un luxe. Le rouleau compresseur de la destruction est lancé à une vitesse telle que rien ne pourra l'arrêter : l'animal humain, troisième chimpanzé, est désormais en tant qu'espèce, lui aussi menacé. » (p.426) Heureusement pour nous, un espoir subsiste selon Diamond. L'homme « (...) demeure réellement unique par sa capacité à apprendre et à s'adapter en tirant l'enseignement de l'expérience vécue par d'autres membres de son espèce en des lieux éloignés ou dans un passé lointain. De fait, l'espoir peut se nourrir de quelques signes : des propositions réalistes ont souvent été avancées, ces dernières années, dans le but d'essayer d'éviter le désastre, comme la limitation de l'essor démographique, la préservation des milieux naturels et l'adoption de mesures de toutes sortes pour la sauvegarde de l'environnement. » (p.426) Bref, il n'en tient qu'à nous d'inverser notre chute pour remonter la pente...

Valérie Fournier L'Heureux