Le « Deserto Verde » ou la monoculture d’eucalyptus au Brésil

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Les déserts seraient-ils une nouvelle tendance en Amérique du Sud... ? Que le ciel nous en garde, ma foi !
Suite à l’article de Valérie sur le désert vert au Paraguay, Un désert vert : le phénomène de la sojisation au Paraguay, qui concerne la monoculture de soja transgénique, en voici un deuxième, qui lui fait référence à la monoculture d’eucalyptus et de pins canadiens au Brésil, en Argentine et au Paraguay...

Un désert d'eucalyptus...

Présentement, dans diverses régions du Brésil (principalement cinq états), un nouveau projet économique est en développement. Il consiste à exploiter en monoculture de l’eucalyptus et du pin, dans l’objectif d’en produire de la cellulose et du bois.
Dans la partie Sud du Brésil, ces plantations se font principalement dans la Pampa, qui est le milieu naturel qui prédomine dans la région. Ce milieu est caractérisé par peu de végétation et la présence d’une herbe de qualité, idéal pour élever le bétail (activité économique traditionnelle), mais dans l’œil des entreprises, on y voit l’espace recherché pour planter des arbres en série.

L’industrie de l’eucalyptus a des grandes conséquences environnementales, sociales, économiques, culturelles et politiques non seulement sur la région, mais aussi sur tout le pays, ainsi que sur le monde.

Question environnementale

Premièrement, du point de vue environnemental, il faut dire qu’on choisit l’eucalyptus parce qu’il pousse très rapidement. En 8-12 ans, les arbres atteignent leur maturité et peuvent être coupés.

Toutefois, ils sont des grands consommateurs d’eau : ça tourne autour de 30L d’eau par jour, par arbre. Justement, dans le sous-sol des régions de plantation, il y a l’Aquifero Guarani, qui est une des plus grandes réserves d’eau douce au monde. Pas besoin de dire que cette réserve est menacée par la culture d’eucalyptus.

Aussi, le fait de cultiver en monoculture, évidemment, menace énormément la biodiversité de la région, et ce malgré le fait que les entreprises qui exploitent se défendent en disant qu’ils ont tous les sceaux environnementaux et respectent toutes les normes auxquelles ils sont soumis.

Faut aussi dire que ces arbres ne sont pas d’ici, ils sont exotiques. Ça fait longtemps que l’eucalyptus a été introduit dans la région, mais c’est la première fois qu’on en fait une culture aussi intensive, donc on connaît pas encore toutes les conséquences environnementales à moyen et long terme que ça peut avoir.

Pour ce qui est du sol, l’eucalyptus a des racines superficielles ce qui fait qu’ils vident le sol de ses nutriments et laissent la terre en superficie complètement morte… d’où, entre autres, l’expression « Désert vert »…

Ce qu’il faut comprendre aussi, surtout, c’est que ces grandes plantations sont vues comme une espèce de reforestation, et que ce type d’industrie peut servir, pour des pays pollueurs comme le Canada ou les Etats-Unis, de “crédits” pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre... En extrapolant, la monoculture d’eucalyptus en Amérique latine peut même aller jusqu’à « légitimer » l’abstention des Etats-Unis de signer le Protocole de Kyoto, soit contribuer directement à l’émission de gaz à effet de serre au niveau mondial... Pensons-y !!

Marie-Eve

Pour en savoir plus, écouter l’entrevue radio à l’émission Nuestra América du 8 décembre 2006 sur les ondes de Choq.fm
(Émissions / Nuestra América / Archives du 08-12-06.
L'extrait qui concerne le désert vert débute à partir d'environ 1:30)

Articles en anglais sur les sites de La Via Campesina
et de l’Agencia Carta Maior

Rede Contra o Deserto Verde (portugais)
Os Amigos da Terra (portugais)
Journal Brasil de Fato (portugais)
Biodiversidad en América latina (espagnol et portugais)

Ou contacter MarieEve