Le Mouvement des Sans-Terres au Brésil

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Le Mouvement des Sans-Terres (MST), est sans conteste l’un des plus grands et plus organisés mouvements sociaux du monde à l’heure actuelle. Il s’est constitué il y a plus d’une vingtaine d’années au cœur de la campagne brésilienne, et mobilise aujourd’hui dans 23 états du pays plus de 150 000 familles dans les acampamentos (occupations) et 300 000 autres déjà installés en assentamentos (terres conquises), regroupant 1,5 million de personnes (1).

Fondements du mouvement

L’idée de base c’est que le MST est un mouvement contre le « latifundio », c’est-à-dire la concentration de grandes étendues de terres entre les mains de peu de propriétaires, et pour la « réforme agraire », soit une redistribution des terres entre les gens du peuple. Notons que le Brésil est au 2e rang des pays ayant la plus grande concentration des terres, avec 1% des propriétaires qui détiennent près de 50% des terres.

Afin de mieux saisir le fondement de cette lutte, rappelons-nous que la majorité de la population au Brésil se trouve dans une situation financière et sociale l’empêchant presque systématiquement d’épargner assez d’argent au cours d’une vie pour acheter une parcelle de terre, s’y établir et y faire pousser de quoi nourrir sa famille.

C’est dans cette optique que la « réforme agraire » proposée par le Mouvement des Sans Terres impliquerait la fin de la perpétuation injuste de ce déséquilibre social au profit de l’accessibilité des terres à quiconque désire cultiver à petite échelle, en protégeant la biodiversité et pratiquant, autant que possible, l’agriculture paysanne biologique.

Ainsi, plus qu’un mouvement de lutte pour la terre, le Mouvement des Sans-Terres représente tout un projet social populaire pour le Brésil et pour le monde, proposant un modèle plus égalitaire et socialiste, où règnent la division du travail et des revenus, la protection de la biodiversité et l’agriculture paysanne et biologique. Cette proposition de nouvelle société se vit d’ailleurs au quotidien dans le fonctionnement interne du mouvement.

Le processus de la conquête de la terre : repérage, occupation, processus juridique, « assentamento »

Le processus de la conquête de la terre ne se fait pas sans obstacles et comporte diverses étapes.

Premièrement, le mouvement recherche et identifie des latifundios improductifs et leurs propriétaires. Ceux-là appartiennent, plus souvent qu’autrement, à de riches familles traditionnelles de la région, des blanchisseurs d’argent, des étrangers possiblement absents du pays, ou encore des multinationales bien difficiles à arrêter.

La terre est ensuite occupée par les Sans-Terres, qui s’y installent en campement ou « acampamento », y construisent leurs écoles et s’organisent en noyaux de dizaines de familles pour le fonctionnement de la vie quotidienne, l’éducation et leur préparation politique pour la lutte de cette terre (2).

Alors débute le processus juridique de reconnaissance de l’improductivité de la terre qui aboutira en désappropriation, processus qui pourra durer des semaines, des mois, des années. Durant tout ce temps, les Sans-Terres demeurent en campement sur la terre, en attente du jugement.

Puisque légalement, seules les terres improductives peuvent être désappropriées, il convient de démontrer que la terre « ne remplit pas sa fonction sociale ». Cette démonstration est des plus délicates puisqu’il est très difficile de définir ce qu’est la fonction sociale d’une terre. C’est souvent sur ce point que se joue le débat juridique.

Cela fait, on peut enfin procéder à la désappropriation et la redistribution de cette terre. Souvent, c’est le gouvernement qui achète la terre au propriétaire pour la céder au Mouvement, mais il existe d’autres procédures possibles. Dans tous les cas, on tire au sort, parmi les familles mobilisées pour cette lutte, les heureux gagnants d’une parcelle (3).

Les autres repartiront vers d’autres campements, en attente de la prochaine lutte. Les nouveaux assentados (ceux qui ont été pigés) peuvent enfin s’installer de façon permanente sur leurs parcelles.

Il existe plusieurs formes d’organisation possibles pour les assentados : individuelle, en coopérative, ou même en « agrovila », forme d’organisation plus communautaire.

Organisation interne

La rigueur et le haut niveau d’organisation à l’interne constituent, à mon avis, l’un des aspects les plus impressionnants du mouvement.

  • Système d’éducation : Les écoles et centres de formation sont reconnus par le système d’enseignement public brésilien, et leur gestion est assurée par les enfants, les étudiants et les professeurs.
  • Lutte au sexisme : Le MST propose, dans ses structures de direction, la présence de 50% d’hommes et 50% de femmes.
  • Individus au service de la collectivité : les intégrants du mouvement doivent se soumettre au fonctionnement interne priorisant la cause collective aux libertés individuelles. L’individu est à son tour mis en valeur par le rôle qu’il exerce au sein des comités internes, en fonction de ses intérêts et talents.
  • Règles et structure strictes interdisant, entre autres, l’usage de drogues, de façon à maintenir une image « sérieuse » du mouvement. (Les propriétaires sauteraient sur l’occasion de pouvoir utiliser « l’arme sociale » du dénigrement en accusant les Sans-Terres de n’être que des « drogués » et des « vagabonds »)
  • Le mouvement offre des opportunités d’ « emplois temporaires » de façon à procurer une rémunération aux intégrants, leur permettant de subvenir aux besoins personnels non couverts par le mouvement (aliments non-compris dans l’alimentation de base, articles de toilette, vêtements, déplacements personnels, etc.).
  • Le pouvoir à la base : la structure décisionnelle se construit à partir des bases ; chacun dans sa position est invité à prendre part aux décisions.

Nouvelles orientations

Le 5e Congrès Annuel du MST qui a regroupé 18000 Sans-Terres campés dans la ville de Brasilia a établi les grandes orientations des cinq prochaines années. Dans le contexte de l’agrobusiness et la mondialisation de l’économie, les prochaines luttes, au-delà de la lutte pour la terre, s’élargiront à la démocratisation de tous les éléments de la nature (semences, eau, terres, etc.) et de ses formes de production (accessibilité à la terre, production à petite échelle, formes d’organisation solidaires, etc.)

Marie-Eve

(1): Encyclopédie Wikipedia - français http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_sans-terre
(2): C’est souvent durant ces périodes d’incertitude que les Sans-Terre subissent le harcèlement et les attaques des « fazendeiros » (propriétaires) et des autorités… Il est impressionnant de constater comment les médias de masse traitent cette question et pointent du doigt le MST devant le phénomène de l’ « augmentation de la violence dans les campagnes » brésiliennes…
(3): Certains Sans-Terres pigés préfèreront laisser leur parcelle de terre à d’autres familles et eux-mêmes continuer dans la lutte avec le mouvement.
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Liens et source bibliographique

(En français)
-Wikipedia: Mouvement des sans-terre - Réforme agraire
-Le Projet Terra

(En portugais)
-Site officiel du MST - Journal Brasil de Fato

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