La Teresto
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Le Mouvement des Sans-Terres au Brésil
Posté par Marie Eve le Mer, 2007-09-12 22:26.
Environnement et nature | Politique et vision internationale | Société, idéaux et arts | Article d'actualité
Fondements du mouvementL’idée de base c’est que le MST est un mouvement contre le « latifundio », c’est-à-dire la concentration de grandes étendues de terres entre les mains de peu de propriétaires, et pour la « réforme agraire », soit une redistribution des terres entre les gens du peuple. Notons que le Brésil est au 2e rang des pays ayant la plus grande concentration des terres, avec 1% des propriétaires qui détiennent près de 50% des terres. Afin de mieux saisir le fondement de cette lutte, rappelons-nous que la majorité de la population au Brésil se trouve dans une situation financière et sociale l’empêchant presque systématiquement d’épargner assez d’argent au cours d’une vie pour acheter une parcelle de terre, s’y établir et y faire pousser de quoi nourrir sa famille. C’est dans cette optique que la « réforme agraire » proposée par le Mouvement des Sans Terres impliquerait la fin de la perpétuation injuste de ce déséquilibre social au profit de l’accessibilité des terres à quiconque désire cultiver à petite échelle, en protégeant la biodiversité et pratiquant, autant que possible, l’agriculture paysanne biologique. Ainsi, plus qu’un mouvement de lutte pour la terre, le Mouvement des Sans-Terres représente tout un projet social populaire pour le Brésil et pour le monde, proposant un modèle plus égalitaire et socialiste, où règnent la division du travail et des revenus, la protection de la biodiversité et l’agriculture paysanne et biologique. Cette proposition de nouvelle société se vit d’ailleurs au quotidien dans le fonctionnement interne du mouvement. Le processus de la conquête de la terre : repérage, occupation, processus juridique, « assentamento »
Premièrement, le mouvement recherche et identifie des latifundios improductifs et leurs propriétaires. Ceux-là appartiennent, plus souvent qu’autrement, à de riches familles traditionnelles de la région, des blanchisseurs d’argent, des étrangers possiblement absents du pays, ou encore des multinationales bien difficiles à arrêter. La terre est ensuite occupée par les Sans-Terres, qui s’y installent en campement ou « acampamento », y construisent leurs écoles et s’organisent en noyaux de dizaines de familles pour le fonctionnement de la vie quotidienne, l’éducation et leur préparation politique pour la lutte de cette terre (2). Alors débute le processus juridique de reconnaissance de l’improductivité de la terre qui aboutira en désappropriation, processus qui pourra durer des semaines, des mois, des années. Durant tout ce temps, les Sans-Terres demeurent en campement sur la terre, en attente du jugement. Puisque légalement, seules les terres improductives peuvent être désappropriées, il convient de démontrer que la terre « ne remplit pas sa fonction sociale ». Cette démonstration est des plus délicates puisqu’il est très difficile de définir ce qu’est la fonction sociale d’une terre. C’est souvent sur ce point que se joue le débat juridique. Cela fait, on peut enfin procéder à la désappropriation et la redistribution de cette terre. Souvent, c’est le gouvernement qui achète la terre au propriétaire pour la céder au Mouvement, mais il existe d’autres procédures possibles. Dans tous les cas, on tire au sort, parmi les familles mobilisées pour cette lutte, les heureux gagnants d’une parcelle (3). Les autres repartiront vers d’autres campements, en attente de la prochaine lutte. Les nouveaux assentados (ceux qui ont été pigés) peuvent enfin s’installer de façon permanente sur leurs parcelles. Il existe plusieurs formes d’organisation possibles pour les assentados : individuelle, en coopérative, ou même en « agrovila », forme d’organisation plus communautaire. Organisation interneLa rigueur et le haut niveau d’organisation à l’interne constituent, à mon avis, l’un des aspects les plus impressionnants du mouvement.
Nouvelles orientationsLe 5e Congrès Annuel du MST qui a regroupé 18000 Sans-Terres campés dans la ville de Brasilia a établi les grandes orientations des cinq prochaines années. Dans le contexte de l’agrobusiness et la mondialisation de l’économie, les prochaines luttes, au-delà de la lutte pour la terre, s’élargiront à la démocratisation de tous les éléments de la nature (semences, eau, terres, etc.) et de ses formes de production (accessibilité à la terre, production à petite échelle, formes d’organisation solidaires, etc.) Marie-Eve (1): Encyclopédie Wikipedia - français http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_sans-terre Liens et source bibliographique(En français) (En portugais) Articles connexes Un désert vert : le phénomène de la sojisation au Paraguay »
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