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Chronique Paulista IV
Posté par La Teresto le Lun, 2006-09-25 17:00.
Individus, activités et expériences | Politique et vision internationale | Histoire
Chronique paulista IVJour 94. C'est tout de même comique de demander constamment, c'est par là, la Consolation ? Je ne suis pas triste ; la Consolação, c'est la rue près de laquelle je vis. Mais c'est quand même cocasse, de poser aussi fréquemment cette question sur la rue. Et ce bus, il passe par la Consolation ? Je ne suis pas triste, non. La seule soirée que je me souviens avoir eu besoin de consolation, c'est celle ou un simili communiste m'a servi le plus infect des Kraft diner de la postmodernité en m'accusant d'eurocentrisme (!) parce que je ne parvenais pas à saisir que selon lui, hors « d'Europe », les gens qui discutent s'interrompent constamment sans cesse et parlent tous en même temps. Un gars qui donne des cours à l'université. São Paulo n'est pas triste. Mais trois mois après mon arrivée, force est de constater qu'il est difficile d'adorer ou de détester une ville aussi peu tangible. Je ne sais toujours pas « qui » est cette métropole. Les gens sont tous de passage ici. Ils arrivent du Nordeste ou de la Zone Est et ils retournent chez eux. Dans la périphérie, on entend du forró, la musique du Nordeste, ou du hip-hop hybride qui permet certainement tous les mélanges mais qui n'exprime pas ce que serait l'essence paulista. Pas même les membres du groupe Sinhô Preto Velho, qui évoquent le Camdomblé dans leur samba et qui font du rap en Tupi... On m'a souvent vanté la diversité de la cuisine de São Paulo. C'est vrai, si tu as du blé, tu peux déguster des pâtes chez les Italiens du coin. Même chose pour la bouffe arabe ou japonaise. Mais c'est quoi de la bouffe paulista ? Il est fort l'ego de São Paulo, et ils parlent fort les Paulistas lorsqu'ils débarquent sur les plages de Florianópolis mais outre le moteur économique national, et global, que représente cette mégalopole, quoi ? Les seuls familles qui habitent São Paulo « depuis toujours », celles qui vivent derrière des grilles, ceux-là qui étudient en Europe, travaillent aux États-Unis et sont généralement d'avis que tout ce qui est brésilien, c'est mauvais. La classe « moyenne-élevée », catégorie B, tend à leur ressembler. J'en ai rencontré une femme en faisant partie dans le quartier Ipiranga, près du parc Ibirapuera . J'étais dans cette boulangerie en train de me payer un « filet de frango » (du poulet) lorsque cette femme m'interpella. Imaginez-vous qu'elle avait reconnu le drapeau du Québec sur la manche droite de ma bien connue chemise des postes canadiennes décousue de la confédération. La bonne femme se met en marche ; « É ruim aqui, né ? » (C'est mauvais ici, han ?) Et elle se met à traîner le Brésil dans la boue. C'est sale, personne ne respecte rien, y a plein de pauvres, ça pue, c'est laid, c'est le bordel, etc. Si elle n'avait pas été mariée, qu'elle explique, elle serait demeurée « là », à Toronto, où tout est parfait. Au diable son emploi d'ingénieur-chimiste, elle racontait qu'il est si facile de se trouver un emploi là-bas dans un casse-croûte (lanchonette) ou comme surveillante de salle de bain (vigiladora de banheiro)... Je ne manque pas de leur traîner le Québec/Canada dans la slush à mon tour dans ces moments-là. Une contre-auto-flagellation en bonne et dû forme : taux de suicide, individualisme, névrosés du travail, matérialisme, nihilisme, scandale des commandites, l'équipe canadienne de soccer, et, tout spécialement pour les latinos-américains, l'hiver rigoureux du Nord. La prochaine fois, je ne réciterai plus tout ça. Je vais les laisser démolir le Brésil et à la fin je confirmerai avec vigueur : « C'est vrai, tout est merdique ici, c'est une honte, je vous plains de vivre au Brésil ». Ils vont changer d'avis assez vite, ces Paulistas nacionalistas... En marge, dans la périphérie, c'est un espèce de Nordeste importé bien plus chaleureux que criminel. Et dans le centre, c'est l'élite dédaigneuse. São Paulo a l'âme d'une gigantesque gare ou des millions de personnes vont dans toutes les directions ; ils ont tous une histoire à conter ou une histoire à écrire mais ils ne sont que de passage dans la géographie ou dans la hiérarchie. Le moteur un peu froid d'une République multicolore. Une histoire boiteuse mais un avenir radieux pour ceux qui seront se montrer astucieux. Ceux qui sauront se faufiler. Sur le marché libre. Les autres grossissent la périphérie et rêvent souvent de rentrer au Nordeste, « si seulement cette région offrait des emplois payant », disent-ils. Attention, São Paulo ne m'est pas repoussante. Mais elle n'est surtout pas attachante, comme Buenos Aires ou Cartagena peuvent L'Être, par exemple. Je l'ai trouvé étonnamment très propre pour une métropole latino-américaine, São Paulo. Mais c'est qu'elle est sans goût, inodore et incolore. Elle a même un quartier au centre-ville qui s'appelle Higienópolis. Et moi, mon humeur caméléon me laisse un peu morne. Je suis d'une humeur hygiénique. -------------------------- J'ai réalisé ma première entrevue formelle au mois de juin avec le King Zulu Nino Brown. C'était tout un honneur que m'accordait ce représentant de la Nation Zulu au Brésil. Il doit y avoir une quarantaine de King Zulu dans le monde. Ils ont tous été nommés par le fondateur de la nation, Afrika Bambaataa, qui serait également selon certains le premier à avoir utilisé l'expression hip-hop. Dans les années 70, cet habitant du Bronx appartenait à un gang criminalisé. Suite à la mort de l'un de ses comparses, il décide de quitter cette existence obscure et sans horizon et se fait DJ. Il acquiert une certaine notoriété dans le Bronx et invite ses concitoyens, Noirs pour la plupart, à quitter la vie criminelle pour se consacrer à la musique et se « convertir » aux valeurs pacifiques de la Nation Zulu et de la culture hip-hop. Une nouvelle manifestation artistique est née. Une fois de plus, elle est issue de populations afro-américaines. Et son destin l'amènerait bien au-delà des frontières de l'art. Afrika Bambaataa avait déjà nommé plusieurs King Zulu à travers le monde lorsqu'il reçu une lettre de Nino Brown de São Paulo. Je ne sais pas comment ils sont venus à bout de communiquer parce que le premier ne parle qu'anglais et le second portugais brésilien, mais Bambaataa pris la décision de voyager en Amérique du Sud pour établir le contact avec les frères et les sœurs du Brésil. C'est ainsi que Nino Brown s'est vu nommé King Zulu, défenseur des valeurs et de l'histoire du hip-hop au Brésil. King Nino Brown est un homme qui inspire le respect et qui parle doucement, avec sagesse et conviction. Il est une référence mais pas une autorité. Il n'existe pas d'autorité dans le hip-hop. L'entrevue a eu lieu à la Casa do Hip-hop de Diadema, un petit temple où l'on vénère les quatre éléments de la culture hip-hop et où l'on peut rencontrer quelques grands noms. L'histoire brésilienne du hip-hop est inséparable de l'histoire récente des favelas à perte de vue qui ont contribués à faire de São Paulo une mégalopole de dix-neuf millions d'êtres humains. En voici un extrait. Il était une fois, des centaines de millier de Nordestinos venus offrir leur bras pour construire l'une des cinq plus grandes villes du monde. Ils ont été mal reçus, mal logés et depuis, on les discrimine sans vergogne. Ils ont migrés en poursuivant un rêve de prospérité, et pour échapper à la misère chronique et aux sécheresses du Nordeste. Les parents ont fait le voyage et les enfants sont nés dans ces périphéries de poussière et de tôle qui se sont solidifiés avec le temps et qui ont donnés naissance à des quartiers où la vie est dure mais qui se sont bien implantés avec le temps. Néanmoins, l'exclusion dont sont l'objet ces habitants caractérise un bilan de migration qui a peu à voir avec le « rêve de prospérité » qui animaient ces véritables colons de la périphérie urbaine, ces Nordestinos fils du sang et de la chair des natifs américains, des esclaves africains et des européens portugais et hollandais. À la fin des années 70, la version brésilienne du funk né au États-Unis cédera sa place au rap et au hip-hop. Comme ailleurs, c'est le break-dance qui a d'abord attiré l'attention. La légende répète à qui veut l'entendre que les premiers Bboys et Bgirls s'installaient aux abords du métro São Bento et impressionnaient les passants avec leurs danses et leurs figures. L'évènement est devenu si populaire, qu'on a dispersés les danseurs qui se sont réorganisés à la Praça Roosevelt, près de la Consolação. Et tout était en marche. Le hip-hop a commencé à se diffuser dans toute la périphérie, les noirs et les métis y ont vu un véhicule hors pair pour exprimer leur vie dans les quartiers paupérisés. Le « cri de la périphérie ». Ils se sont accaparés la culture des exclus du Bronx new-yorkais et tellement que certains des artistes que j'ai interviewés m'ont affirmé que le hip-hop n'a rien à voir avec les États-Unis... -------------------------- Au chapitre des dommages collatéraux, un Libanais de Montréal-Nord est mort au Liban. Mon ami Markus jouait avec lui lorsqu'il était plus jeune. Plusieurs familles brésiliennes entières également ont subi le même sort là-bas et comme d'habitude, ça comprenait un bon lot d'enfants. Isra«l a décidé de tuer des centaines de personnes innocentes pour répliquer à un groupe terroriste. Il ne peut y avoir que des juristes aliénés maintenus en cage pour appeler ça une défense. Visiblement, le premier ministre canadien Stephen Harper en a quelques uns à la maison. Il vendait beaucoup de cartes de membres dans le bout de Québec récemment, est-ce les actualités internationales changeront la donne ? Des civils meurent pour Isra«l et les États-Unis. C'est une honte. On sème la rancœur dans le monde entier, notamment au Québec au Brésil... Voilà bien un danger de perdre le contact avec la réalité. Ils ont complètement perdus la tête, ils ne fonctionnent plus qu'à la peur et la haine. On parle beaucoup d'insécurité de nos jours ; comment en sommes-nous venu à passer de menaces de groupes terroristes à l'action d'État terroriste ? Comment qualifier autrement ce qu'on fait subir actuellement aux populations irakiennes et libanaises ? Comment ? Exécutions sommaires, torture, bombardements de civils ? Est-ce qu'on peut appeler ça la civilisation ? Et que dire de la collaboration canadienne ? L'ennemi numéro un des États-Unis est l'Iranien Ahmadinejad qui prépare sa bombe nucléaire et qui a appelé à rayer Isra«l de la carte. Un ultraconservateur dangereux. Mais à voir agir les USA et Isra«l aujourd'hui, qui dans ce monde peut aller dire sérieusement à ce gars-là que ce n'est pas une bonne idée de s'armer lourdement, au cas où. Étant donné que ces États-voyou ne respectent rien et surtout pas les résolutions onusiennes qui reçoivent d'écrasante majorités, comment convaincre cet étourdi d'Ahmadinejad qu'il n'a pas besoin de bombe atomique ? Ironique tout de même, c'est cet islamiste dangereux qui tient un langage hostile et profèrent les pires menaces, mais c'est Isra«l et les É-U qui passent aux actes et qui tuent. Si vous n'étiez pas encore convaincus de l'importance des relations publiques... Parlant de passer aux actes, profitons-en pour rappeler quel est le seul État de l'histoire de l'humanité qui a osé faire usage de la bombe nucléaire pour raser des agglomérations humaines ? Un indice, c'est un pays aujourd'hui qui passe sont temps à bombarder ou brandir la menace de bombes devant tous les États qui ne seraient pas assez « responsables » pour avoir à leur tour cette bombe... Vous connaissez la réponse. Dites-moi anti-américain primaire si ça vous chante, mais je ne vois pas ou j'exagère dans mes propos et j'ai pris soin de ne pas être sarcastique. Je suis tout à fait opposés aux armes nucléaires, je suis même opposé à toutes les armées, y compris et surtout celle dont rêve maintenant le Bloc québécois, mais je cherche ici à mettre en relief à quel point les actions étasuniennes dans le monde actuel sont, en plus du barbarisme auquel on a été habitué, sont maintenant d'une vulgarité et d'une médiocrité argumentaire renversante qui fait craindre les pires répliques contre ces gens qui ne parlent que le langage de l'intimidation. São Paulo, le 3 août 2006 Guillaume Hébert Pour lire ce qui précède : Chronique Paulista III »
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