"Verdenero, storie di ecomafia"’ - L’argent vert, histoires d’écomafias

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"Verdenero, storie di ecomafia" - L’argent vert, histoires d’écomafias
Compte-rendu de la conférence tenue à Terra Futura, 20 mai 2007

La mafia est-elle un phénomène exclusivement italien? Les faits que je m’apprête à vous exposer le sont probablement, et je vais vous expliquer pourquoi… car la mafia se mêle d’environnement! Mais, à bien y penser, on peut sûrement appliquer ce phénomène à plusieurs autres régions du monde. D’où la nécessité d’en être informé, afin de pouvoir lutter contre des pratiques qui mettent en danger la santé, la sécurité et le bien-être des citoyens. Et chez nous, comment ça se passe?

La mafia est un phénomène bien culturel et même local. C’est un organisme criminel sicilien, qui a aussi son équivalent dans d’autres régions italiennes, par exemple la Camora en Campania (la région de Naples). Le problème est au niveau social et culturel, la mafia ayant des racines tellement profondes qu’elle est pratiquement acceptée traditionnellement dans les moeurs locales. Selon Antonio Pergolizzi, coordinateur de l’Observatoire National de l’Environnement et Légalité pour Legambiente, l’illicite est un mécanisme diffus et même accepté dans les régions concernées, qui crée des dommages à la communauté. Afin de le contrer, il faut enrayer la culture même qui lui permette d’exister!

Le mot écomafia est apparu pour la première fois dans un rapport annuel sur la criminalité environnementale publié en 1994 par Legambiente. C’est à partir de cette prise de conscience que naît la lutte contre les écomafias. La lutte s’annonce difficile puisque les activités des ces organisations ne sont bien souvent pas considérées criminelles par les citoyens, puisque le phénomène bénéficie d’un ancrage culturel très profond.

Les régions les plus touchées se situent au sud de l’Italie, là où les traditions règlent encore la vie quotidienne : Sicilia, Campania, Puglia et Calabria. Les activités typiques des écomafias se situent principalement dans 2 domaines : le traitement des déchets et les activités de construction abusives. Et ici, on ne parle pas seulement d’infractions administratives, mais d’abus criminels aux conséquences graves. De manière inquiétante, les activités des écomafias s’étendent de plus en plus hors de ces deux domaines, du trafic illégal d’animaux en voie d’extinction ou protégés, au trafic d’éléments archéologiques de valeur patrimoniale, jusqu’aux incendies criminels d’institutions et d’entreprises peu enclines à collaborer avec les criminels... Mais jetons un œil sur les 2 principales activités illicites, qu’on pourrait dire "traditionnelles", des écomafias.

D’abord, les activités de constructions abusives ne respectent pas les normes de sécurité sur les chantiers, ni les normes de qualité des matériaux, n’hésitant pas utiliser des matériaux qui ont une durée de vie réduite ou une qualité douteuse pour, bien sûr, se mettre le plus d’argent possible dans les poches. De plus, ces constructions abusives ne complètent pas le processus d’avis à la commune et outrepassent les réglementations de zonage, construisant dans des endroits bien souvent impropres aux habitations, sujets aux catastrophes naturelles ou contaminés, mettant ainsi en danger la vie de ses futurs habitants. Résultat : l’environnement est pollué de structures dangereuses ne pouvant être habitées.

Pour ce qui est de la gestion des déchets, on m’en avait parlé et je n’y avait pas cru... C’est un problème qui touche la campagne, mais qui est provoqué par toute la société civile, gouvernements en premier. Le rareté des installations de recyclage augmente considérablement la masse des déchets dans un pays où l’espace est aussi une ressource rare. L’absurdité veut, en plus, que les communes où on recycle fassent assumer des coûts plus élevés en taxes à leurs citoyens. Disposer de ces milliers et ces millions de tonnes de déchets produits (parce que la société italienne n’est pas une petite consommatrice non plus) n’est pas une mince affaire. L’incapacité de mettre sur pied des décharges sécuritaires provoque plus souvent qu’autrement des menaces sanitaires. La gestion de ces déchets est confiée à des sociétés douteuses qui en disposent durant la nuit en envoyant des camions dans les champs de paysans pour y enfouir leur contenu. Tous sont au courant, mais la mentalité du ‘’tant que ce n’est pas dans ma cour’’ l’emporte sur le devoir du citoyen. Ça touche tous les niveaux de la société, et en voici le meilleur exemple : le commissaire des carabinieri (police d’état) nous a raconté l’histoire du paysan qui, en labourant son champ, se met à trouver des billets de banque!!! Et plus il creuse et plus il y en a!!! A la fin, on a mis à jour que c’était des billets mal imprimés par la banque centrale italienne dont on avait voulu se débarrasser, faute de pouvoir les mettre en circulation. Et comment on s’en est débarrassé! Après une telle histoire, quelle crédibilité reste-t-il aux institutions?

Concrètement, la gestion des déchets est un sujet fort d’actualité ces temps-ci, puisqu’une polémique fait rage présentement à Naples. Faute de structures de récolte adéquates, les déchets s’empilent dans les rues et les citoyens, exaspérés de les voir traîner et polluer leur espace, n’hésitent pas à les brûler sur le lieu même où ils ont été disposés. Les journaux télévisés nous bombardent de ces images chaque jour, enrichies fort justement de témoignages de médecins qui voient les cas de problèmes respiratoires augmenter avec le phénomène encore irrésolu… De la corruption des institutions résulte une incapacité à gérer des problèmes de base.

Pier Luigi Vigna, ex-procurateur national Antimafia, nous révèle que pour faciliter la lutte et reconnaître les activités des écomafias comme criminelles, plusieurs projets de loi ont été déposés au parlement italien depuis une quinzaine d’années afin de modifier le code pénal en ce sens. Mystérieusement, la politique a semblé ignorer systématiquement ces requêtes auxquelles le parlement n’a jamais donné de suite. Concrètement, ce sont les lobbys qui ont empêché ces projets de lois environnementaux. Récemment, sous les pressions de l’Union Européenne qui a voté une notion sur les normes de légalité environnementales aux standards plus élevés, le parlement italien a enfin dû se pencher sur la question de la légalité environnementale et, par conséquent, des écomafias. Un projet de loi est en cours d’élaboration, mais qui sait quand il verra le jour?

Logiquement, pour inverser la mentalité du citoyen qui accepte les activités criminelles des écomafias avec une sorte d’indifférence (forme de "légalité consensuelle"), l’Etat devrait assumer le devoir de reconnaissance aux entreprises propres, le devoir de choix du citoyen et le devoir des entreprises pour une production plus propre. Les 23 milliards d’euros perdus chaque année dans la gestion des déchets débalancent énormément l’économie italienne, même s’ils sont réinvestis dans des activités en apparence légale (et c’est là que le bat blesse). D’autre part, l’argent même investi dans la lutte contre les écomafias est englouti dans un vide administratif : les commissaires d’enquête démissionnent pratiquement tous après un certain temps, sans avoir mené leurs enquêtes à des conclusions valables. Ainsi, les 102 millions d’euros investis dans la lutte depuis le premier rapport de Legambiente s’est, pour ainsi dire, évaporé en fumée...

Pour conclure, les conférenciers présents s’entendaient pour dire qu’une sensibilisation publique se développe de plus en plus, laissant entrevoir un certain espoir de changement des mentalités... Sandrone Dazieri, le premier auteur de la série Verdenero, après avoir longuement réfléchi sur la question, croit fermement au phénomène universel suivant, qui alimente en un certain sens les activités des écomafias: le fait que tous et chacun contribuent, avec des comportements nocifs à la nature, à la dégradation de l’environnement. C’est donc dire qu’on ne pourra contrer le phénomène des écomafias et de la corruption que lorsque notre rapport avec la nature changera radicalement et que nous commencerons à assumer notre devoir de citoyen vert, cherchant un équilibre harmonieux avec le reste de la planète.

www.verdenero.it