La Rupert, une des dernières grandes rivières sauvages du Québec, hélas menacée

Vous avez sans doute déjà entendu parler de ce projet grandiose que nous concocte Hydro-Québec : la dérivation de la rivière Rupert, une des dernières grandes rivières encore intactes et sauvages du Québec et du monde. Mais c'est le silence assourdissant des médias à ce sujet qui a motivé les quelques lignes qui suivent.

En tant qu'immigrant au Québec, je suis toujours admiratif de mon pays d'adoption quand je songe aux immenses espaces encore vierges qui s'étendent dans le nord. Savoir que des rivières gigantesques et insoumises coulent encore dans ce pays me remplit de bonheur.

Vous imaginez donc le choc que cela a pu susciter chez moi quand pour la première fois on m'a renseigné sur ce projet de dérivation d'un ultime fleuve vierge. Mais je me suis immédiatement consolé en pensant qu'Hydro-Québec connaissait son affaire et qu'il était sans doute exagéré de s'alarmer de ce nouveau projet.

Le 14 septembre dernier, suite un appel lancé par Greenpeace-Québec et l'association Révérence Rupert, j'ai assisté à une manifestation devant le siège d'Hydro-Québec afin d'en apprendre un peu plus sur le sujet. Une immense corde à linge avait été installée sur le boulevard René-Lévesque et nous étions invités à y suspendre chandails et autres chemisiers préalablement enjolivés de slogans pour la défense de la Rupert (voir photo).

Après des premiers instants sympathiques passés à lire les slogans qui flottaient dans le vent, j'ai vite eu une montée d'adrénaline à l'écoute des intervenants des différents organismes venus exposer leur vision d'un projet qu'il faut bien qualifier de dramatique controverse.

Tout commence avec « La Paix des Braves » signée en 2001 et la stratégie énergétique du Québec (voir liens ci-bas), que le gouvernement Charest 1 a préparé pour la période 2006-2015. Il y est prévu « une relance et une accélération du développement de l’hydro-électricité [pour] une fois nos besoins comblés, accroître les exportations d’électricité ». Ce plan mise donc en premier lieu sur le redémarrage de grands projets hydro-électriques avant de considérer les économies d'énergie et le développement de l'énergie éolienne. Le but ultime étant non pas uniquement de satisfaire les besoins énergétiques du Québec mais bel et bien d'exporter notre électricité. Le tout étant saupoudré d'une magistrale propagande pseudo-écologique du style « notre choix est vert ».

Concrètement, ce plan implique d'harnacher trois des quatre ultimes fleuves encore intacts du Québec, pour un coût économique total évalué à 25 milliards de dollars, et un coût écologique sous-estimé voire négligé (pollution au mercure, gaz à effet de serre dégagés par la décomposition des arbres ennoyés...).

Pour ce qui concerne le méga-projet Eastmain-1-A-Sarcelle-Rupert en particulier, on «prévoit le détournement du fleuve Rupert sur une distance de 350 km. Le projet de 5 milliards de dollars prévoit notamment la construction de 4 barrages, 75 digues, un tunnel de 3 km, qui permettra à Hydro-Québec de détourner vers le nord jusqu’à 90 % du débit du fleuve vers le complexe hydro-électrique Eastmain-La Grande ».

Celles et ceux qui sont intéressé(e)s au sujet pourront vite découvrir le manque de transparence des activités d'Hydro-Québec, tel que l'indiquent Ressources Naturelles Canada, l'association Révérence Rupert, le Sierra Club ou des articles parus à Radio-Canada et dans le Devoir (études d'impact qui relèvent de la mise en scène, coupes à blanc au mépris de la réglementation en vigueur, non prise en compte des résultats d'un référendum chez les populations Cris concernées...).

Une question jaillit du fond de ma pensée critique qui subsiste encore, malgré tout : le jeu en vaut-il la chandelle ? Et surtout, cette stratégie sert-elle vraiment l'intérêt du peuple québécois lorsqu'on sait que de véritables mesures visant à l'efficacité énergétique assureraient l'autonomie électrique du Québec tout en permettant la création de milliers d'emplois durables pour un coût social et écologique bien plus bas.

Mais les dés sont déjà lancés et les travaux à l'heure actuelle déjà bien entamés, le gigantesque tunnel de dérivation devant être livré en 2009.

Malgré tout, il nous reste le pouvoir d'indignation et celui d'exiger qu'Hydro-Québec nous rende des comptes, alors qu'une nouvelle hausse tarifaire vient encore d'être annoncée, sans doute pour financer la destruction de nos dernières rivières sauvages ?

Par Florent Bégasse, alias Misterflo pour La Teresto.

Pétition en ligne
http://www.reverencerupert.org/petition.php?lg=fr

Présentation du projet par Hydro-Québec (admirez la magistrale propagande !)
http://www.hydroquebec.com/rupert/fr/

Cartes du projet
http://www.reverencerupert.org/images/16greatestrivers.pdf
http://rupertriver.com/diversion/RupertDiversionlocalisation.pdf

Stratégie énergétique du Québec
http://www.mrn.gouv.qc.ca/energie/strategie/index.jsp
http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2006/05/04/005-strate_ener...

Articles sur la rivière Rupert
http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2007/09/14/003-Rupert-Manif....
http://www.radio-canada.ca/regions/abitibi/2006/03/20/011-riviere-rupert...
http://www.radio-canada.ca/regions/abitibi/2006/11/16/002-rupert_ecologi...
http://www.ledevoir.com/2006/11/16/122924.html

Associations
http://www.reverencerupert.org/accueil.php?lg=fr
http://quebec.sierraclub.ca/campagnes/rupert/
http://www.savetherupert.org/
http://rupertriver.com

Pour se rendre à la Rupert
http://jamesbayroad.com/