La Teresto
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Un désert vert : le phénomène de la sojisation au Paraguay
由 Valerie 在 週三, 2006-09-06 10:46 提供
Depuis le cycle agricole 1999-2000, l'extension de la monoculture du soja transgénique au Paraguay représente un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Malgré sa petitesse, ce pays représente aujourd'hui le quatrième producteur de cette culture à l'échelle mondiale, après les États-Unis suivis de ses deux voisins, l'Argentine et le Brésil. Mais ceci ne représente en rien de bonnes nouvelles pour les Paraguayens, puisque ces derniers ne profitent nullement de ce nouveau processus, et y perdent pourtant énormément. Un résumé d'une tragédie silencieuse où un pays se vendit pour un mirage de profits... Car dans peu de temps, au rythme où vont les choses, il ne restera plus que le soja dans la campagne paraguayenne : le reste se meure, la terre s'épuise, l'eau est contaminé, la forêt recule et le désert avance. Si l'on prend tout au pied de la lettre, c'était bien le but du soja RR, le génotype le plus répandu dans les champs paraguayens : que seul le plan de soja survive à l'épandage du Round Up, produit toxique vendu en paquet technologique avec les semences transgéniques dénommées RR par la firme multinationale Monsanto. Il est donc logique dans cette optique que les humains meurent et y perdent leur santé, que les représentants de la faune périssent en grand nombre et que les cultures de survivance ne survivent pas, justement. LA TRIPLE PERTE DE SOUVERAINETÉL'avancée du soja transgénique au Paraguay fut un processus très rapide : six ans plus tard, la culture en question couvre déjà plus de deux millions d'hectares. Par contre, même s'il se produit une quantité impressionnante de soja au Paraguay, on ne peut pas dire qu'il y a du soja paraguayen. Ceci représente toutefois une réalité que le gouvernement de ce pays ne semble pas percevoir. Fabricio Vasquez, ingénieur en écologie humaine du Paraguay, explique : «L'État n'est pas à la campagne, l'État est dans la capitale, Asunción. Donc, toute la problématique du soja et du processus que l'on appelle sojisation, que l'on pourrait nommer plus à propos la brésilenisation du territoire, est la conséquence directe de la centralisation de l'État. On peut donc dire que les problèmes qu'Asunción ne voit pas n'existent pas.» Comme le note monsieur Vasquez, le Paraguay fait présentement face à une atteinte à sa souveraineté de la part du Brésil, entre autre dû au fait que la majorité des cultivateurs de soja au Paraguay sont Brésiliens. Ceci est causé principalement par l'absence de loi interdisant la vente de terres à des étrangers dans les territoires frontaliers, au contraire des autres pays membres du MERCOSUR. Peu à peu, les frontières séparant les deux pays s'effacent dans la réalité. « Nous vivons présentement un processus d'érosion des frontières comme régulateurs des échanges », de dire encore monsieur Vasquez. En fait, le Paraguay n'eut pas vraiment le luxe de choisir sa nouvelle spécialité agroalimentaire pour ses exportations. Conséquence du programme d'ajustements structurels ainsi que des normes économiques de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce, le pays fait face à une importante diminution de son autonomie en matière de décisions politiques. Le pire dans tout cela est que le profit ne reste même pas en partie au Paraguay. L'ingénieur socio-environnemental au sein du centre de formations et d'études en écodéveloppement Altervida Ulises Lovera rajoute : « le pays y gagne peu car beaucoup de l'argent s'en va au Brésil, aussi parce que les cultivateurs de soja ici sont majoritairement Brésiliens. La monoculture du soja amène l'extraction de beaucoup de nos ressources naturelles, des nutriments de notre sol et tout ceci, et bien c'est un cadeau gratuit que nous faisons au Brésil. » Le danger vient aussi que l'économie du Paraguay est désormais excessivement dépendante d'une seule entreprise, puisque la majorité du soja produit au Paraguay provient des semences de Monsanto. Comme le dit Tomas Palau, sociologue ainsi que spécialiste du thème de l'avancée du soja dans ce pays : «En ce qui a trait à la souveraineté économique, elle est totalement en risque, non seulement à cause des organisations internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, parce que cela fait longtemps que ces dernières viennent nous dicter des politiques économiques, mais aussi maintenant et c'est nouveau s'ajoutent les organisations régionales, comme le BID et le Fundoplata. En ce moment, la culture du soja représente 37,5 % des exportations paraguayennes, et puisque 95 % du soja produit au pays est transgénique, nous avons plus du tiers des exportations paraguayennes qui dépendent donc d'une seule multinationale, Monsanto, ce qui implique un niveau de vulnérabilité impressionnant. » De plus, même si le soja représente une avenue commerciale importante pour le Paraguay, peu des profits restent réellement au pays. « En termes économiques, il est évident que la culture du soja amène d'importants revenus au pays. Par contre, maintenant ces revenus sont la propriété de propriétaires terriens étrangers. C'est donc dire que tous les revenus de ce commerce ne passent pas à travers du système de commercialisation paraguayen, la majorité de l'argent sortant du pays à peine après y avoir entré. En plus, cela crée très peu d'emplois puisque généralement toute culture extensive implique l'utilisation de machineries », de dire Robert Rolon, ingénieur environnemental au sein d'Altervida. Le sociologue Tomas Palau, pour sa part, considère plutôt que ce sont les multinationales qui profitent du modèle de commerce agroalimentaire prévalant actuellement au Paraguay avec l'avancée de la monoculture du soja transgénique : « Il est clair que le profit reste dans les mains des multinationales vendant les semences transgéniques ainsi que dans celles des entreprises agro-exportatrices étrangères. » La perte de souveraineté alimentaire liée au phénomène de l'extension de la monoculture du soja transgénique se déroulant présentement au Paraguay et elle aussi extrêmement concrète. D'abord, les cultures de survivance ne survivent pas aux produits chimiques utilisés lors de l'épandage nécessaire à la monoculture du soja RR. Les habituels animaux de la ferme meurent aussi. Le pire pourtant pourrait bien être la perte de l'une des richesses naturelles du Paraguay, soit celle de la diversité des cultures qui la caractérisait auparavant. C'est qu'avec la monoculture vient sa compagne, la vulnérabilité alimentaire. La professeure à l'université nationale en production agricole, et qui se dit pro-transgénique, Rosa Oviedo nous communique ses préoccupations : «c'est ce qui se passe actuellement depuis les deux dernières années ; de grandes superficies avec un seul génotype, et que quand ce génotype a un problème, toute cette étendue de culture doit vivre avec le même problème. C'est un fait réel et ceci est extrêmement dangereux.» Nous pouvons donc dire sans trop se tromper que le phénomène actuel de l'extension de la monoculture du soja transgénique représente l'un des principaux problèmes affectant le Paraguay, étant donné les impacts irréversibles sur sa souveraineté et sur sa sécurité nationale. LA SOJISATION ET SES CONSÉQUENCES ENVIRONNEMENTALESComme il a été dit précédemment, le soja transgénique a commencé à être cultivé au Paraguay au début du troisième millénaire. Ceci représente la deuxième vague d'agriculture intensive dans ce pays, la première datant de plus de trente ans déjà, à cette époque avec la culture du soja traditionnel. Déjà, cinq ans seulement après l'entrée dudit soja transgénique, se font sentir les répercussions négatives sur l'environnement, conséquences directes de la culture extensive de cet aliment. La partie qui suit se veut une brève chronique pour démystifier le phénomène de la sojisation et ses composantes environnementales. Mais d'abord, que signifie transgénique ? Les organismes manipulés génétiquement, appelés transgéniques, sont des organismes dont les caractéristiques ont été modifiées, altérées par l'introduction de gènes provenant d'autres espèces. Mais avant tout, le principal problème de tout ce qui se passe actuellement dans la campagne paraguayenne est l'importance en elle-même de l'extension de la culture du soja transgénique. Selon José Ibarra, ingénieur-agronome et coordonnateur du programme de biodiversité chez Alter Vida : « La culture de manière extensive est un problème environnemental, parce que cette forme de culture génère des impacts. Un système est beaucoup plus stable quand il est diversifié, mais c'est ainsi : soja, soja, soja sur des millions d'hectares. Évidemment, écologiquement ce n'est pas une culture stable. De ce point de vue en fait toute monoculture est questionnable ». Ulises Lovera, aussi ingénieur au sein du même organisme, ajoute ce qui suit : « N'importe quelle culture extensive en grandes quantités comme le soja pour un pays petit comme le Paraguay est mauvaise en soi. Aucune monoculture n'est positive et toutes amènent des déséquilibres environnementaux. De plus, la grande superficie de la culture en question augmente les attaques des insectes nuisibles. » Un autre aspect du phénomène de la sojisation au Paraguay est la rapidité du processus, qui n'a pas permis aux gens ainsi qu'aux nombreux écosystèmes affectés de s'adapter . L'ingénieur Ulises Lovera nous donne son point de vue sur ce sujet : « Cette rapidité de l'avancée est très grave parce que l'on commence à perdre tout ce qui représente la biodiversité et toute la relation entre cette biodiversité et les ressources hydriques de régulation du régime hydrologique.» La perte de biodiversité, très préoccupante en soi, est la conséquence directe de l'avancée du soja sur des forêts primaires, entre autre dans la région orientale du Paraguay, proche des frontières avec le Brésil. Là-bas, la déforestation est malencontreusement bien plus qu'un simple concept abstrait. Les ressources hydriques y sont déjà contaminées par plusieurs produits chimiques, lesquels combinés possèdent des effets nocifs décuplés. « Le soja avance directement sur nos forêts : ce sont des milliers d'hectares de déforestation. En déforestant se perd une protection naturelle : pour les rivières, les sources, les eaux souterraines, etc. La culture du soja se rend jusqu'aux bord des cours d'eau et on ne les protègent pas des pesticides. La déforestation entraîne de plus une perte de fertilité dans le sol », de dire l'agronome José Ibarra. La terre des champs paraguayens perd clairement de sa célèbre et mythique fertilité à un rythme effarant et les nombreux aquifères perdent de plus présentement leurs écosystèmes jouant le rôle de régulateurs, comme les milieux humides et les terres inondées, nécessaires à leur équilibre. L'ingénieur environnemental Robert Rolon nous explique : « Premièrement cela coupe court au processus de purification, deuxièmement il y un processus de désertification puisque la forêt est convertie en plantations extensives. La sur-utilisation de produits chimiques fait que les nutriments du sol vont s'amenuisant et et que celui-ci devient de plus en plus pauvre et sablonneux dû à l'érosion éolienne et hydrique. Par ailleurs, comme si ce n'était pas suffisant, la terre absorbe une quantité importante de produits chimiques excessivement nocifs.» En lien aussi avec la monoculture du soja transgénique on note dans la campagne paraguayenne une utilisation croissante à grande échelle de pesticides et produits chimiques en tout genre. C'est que le type de soja le plus cultivé ici est le génotype RR, soit Ready Round up, dont le principe est des plus simples. Seulement cette culture est capable de survivre au pesticide (le fameux Ready Round up) vendu avec les semences génétiquement modifiées. Cette sur-utilisation de produits chimiques a plusieurs répercussions sur l'environnement et ceci à long terme et même dans des territoires où ne se cultive pas encore le soja transgénique, de par l'effet domino. Lis Kreytmayr, docteure en toxicologie, explique : « Les pesticides sont dispersés par le vent, donc ils se rendent dans d'autres régions où son utilisation n'est pas nécessairement planifié, par exemple. Ces mêmes pesticides pénètrent ensuite le sol des régions infectées et tardent beaucoup à se dégrader. » De plus, l'utilisation extensive des pesticides mène à la problématique des intoxications affectant les habitants des régions où l'on cultive le soja, et dont les cas sont de plus en plus nombreux, comme nous dit la toxicologue Lis Kreytmayr, qui note depuis l'an 2000 « Un accroissement des patients intoxiqués, non seulement ceux qui travaillent dans les champs, mais aussi dans le cas des tentatives de suicide avec les mêmes produits toxiques utilisés dans les plantations. » Lorsqu'il est mis à notre connaissance tous les effets reliés à la culture extensive du soja, il est très difficile de comprendre pourquoi tant d'agriculteurs paraguayens se convertissent à cette culture. Rosa Oviedo, professeure en production agricole à l'université nationale, nous propose une piste de réponse : « Les bénéfices des produits chimiques et des semences génétiquement modifiées sont beaucoup plus immédiats, on peut les voir en une année. Cependant, les bons soins de la terre, la rotation des cultures, etc. ont des effets beaucoup plus à long terme, on les voit en quatre, cinq ans. Et plusieurs fois l'agriculteur ne possède pas le temps nécessaire pour attendre ces résultats car il a bien souvent des dettes à payer immédiatement. » Mais si les bénéfices du transgénique se voient rapidement, le cas de la sojisation au Paraguay est clairement une preuve que les effets néfastes du transgénique et de son paquet technologique, c'est-à-dire avec les pesticides comme compagnon, se voient rapidement eux aussi. Un de ceux-ci, le glyphosate, détruit de plus les cultures de survivance, nous mentionne Ulises Lovera : « Le soja transgénique RR tolère le glyphosate, mais les cultures voisines, quelles soient conventionnelles ou non, ne le tolèrent pas et subissent par conséquent des dommages irréparables. » Bref, nous pouvons affirmer que le phénomène de l'extension de la culture du soja au Paraguay, ladite sojisation, a évidemment de graves et nombreuses répercussions sur l'environnement ainsi que sur la santé des gens vivant à l'intérieur des terres, à proximité des champs. Il paraît difficile de rester optimiste face à la situation actuelle et essayer d'inverser le processus. Le gouvernement paraguayen, peut-être, se réveillera un jour, découvrant son peuple appauvri et malade, sa terre infertile et son eau contaminée. Tout ceci, pour un mirage de profit... LA GUERRE DU SOJADepuis le début du nouveau millénaire, le Paraguay connaît une vague d'appauvrissement très inquiétante. Les causes sont nombreuses, mais une pourrait être à la base des autres. Tomas Palau, sociologue et spécialiste de la sojisation en cours dans ce pays, affirme : « La pauvreté est bien entendu historique, mais l'aggravation de ce processus a été provoquée par l'extension du soja, plus spécifiquement du soja transgénique à partir des années 2000, ce qui a accéléré clairement la dite paupérisation de la population. C'est qu'il y a beaucoup plus de gens que l'on peut considérer comme pauvres aujourd'hui et ils sont de plus beaucoup plus pauvres. La situation va donc s'empirant, et la relation avec la sojisation est directe. » La culture extensive du soja a actuellement cours dans la campagne paraguayenne. Nombreux sont les intérêts liés au commerce agroalimentaire à mener une guerre de moins en moins silencieuses contre les petits agriculteurs paraguayens ainsi que les communautés indigènes se présentant sur leur chemin. Les agriculteurs, expulsés, doivent ensuite migrés loin de leur lieu d'origine. Fabricio Vasquez, ingénieur en écologie humaine du Paraguay, nous dit à ce sujet : « Les agriculteurs ainsi délogés, entre guillemets, se positionnent par la suite dans les zones urbaines avec de nouvelles activités économiques et une reconversion économique, culturelle et linguistique inclusivement, puisqu'on y parle généralement guère le guarani. » La monoculture du soja est directement lié à la récente vague d'expulsions de campesinos que vit le Paraguay depuis quelques années nous dit Ulises Lovera : « Avec le phénomène de la sojisation on déplace présentement nos familles de l'intérieur des terres et les communautés indigènes, ou on les condamne directement à la mort, ou bien nous les expulsons dans les ceintures de misère des grandes villes paraguayennes. » Parler de mort peut paraître exagéré pour les gens n'ayant pas suivi les événements des dernières années au Paraguay liés à ce thème. Mais les termes utilisés par l'ingénieur environnemental Robert Rolon sont encore plus directs : « Ceci est, d'un côté, un génocide directement, puisque l'on tue beaucoup de personnes suite à l'usage intensif et extensif de produits chimiques, c'est aussi un ethnocide, parce qu'il existe un assassinat évident de la culture paraguayenne et de la culture indigène directement liée à la biodiversité, tant au niveau des forêts que des systèmes agricoles.» Ainsi donc, ce qui se passe actuellement au Paraguay est une grave crise agraire. Tomas Zayas, représentant général de la CENOCIP, la Centrale nationale d'organisation agricole du Paraguay, partage avec nous son point de vue : « Nous disons que ce modèle de commerce agroalimentaire a provoqué une crise agraire sans précédent dans notre pays, ce qui est démontré par la migration massive des campesinos, l'accroissement des couronnes de misère autours des grandes mais aussi des plus petites cités du Paraguay, le manque d'emploi et l'accroissement de l'analphabétisme. Ceci est le résultat direct du commerce agroalimentaire tel que dirigé actuellement dans notre pays ». Au moins, les agriculteurs commencent à se réveiller, à se rebeller contre les menaces les assaillant et à lutter pour le respect de leurs droits fondamentaux. « La lutte contre le soja, contre les grands cultivateurs de soja, contre le commerce agroalimentaire, contre les pesticides et compagnie doit être perçue comme une lutte politique et une lutte anti-impérialiste. Nous nous devons de planifier un modèle alternatif de développement qui en soi aurait comme philosophie la défense de la vie », de rajouter encore monsieur Zayas, candidat à la présidence lors des dernières élections pour le compte du parti communiste. Selon le sociologue Tomas Palau, tout ceci pourrait s'expliquer de la manière suivante : « Les agriculteurs paraguayens mènent présentement simplement une lutte de résistance pour continuer à survivre. On assiste à un processus rapide de disparition de leur type de culture et ces derniers demandent fondamentalement un droit à la terre, une partie des bénéfices qui ont été promis par le gouvernement et ils demandent aussi une hausse des prix à la vente. Et bien entendu ils demandent aussi fortement un droit de regard et de parole sur le contrôle de l'expansion de l'aire de culture du soja. Toutes ses demandes en lien avec la sojisation se font de plus en plus pressantes et croissantes en nombre. » DES SOLUTIONS POUR INVERSER LE PROCESSUSTout ce qui a lieu actuellement au Paraguay avec l'avancée du soja semble pour le moins négatif. On peut avec raison se demander s'ils existent des solutions. L'ingénieur Ulises Lovera nous dit : « Il y a toujours des solutions. Maintenant que les solutions soient applicables ou soient utopiques c'est une autre chose. Ici il manque de volonté politique, c'est-à-dire que les autorités ne sont pas intéressées à inverser le processus. Les grandes oligarchies sont de plus certainement très heureuses de tout ce qui se passe actuellement puisqu'elles font beaucoup d'argent ». Monsieur Lovera de rajouter : «Les solutions seraient de diminuer la zone de culture du soja ainsi que d'augmenter ou mettre un incitatif de la part du gouvernement aux propriétaires privés pour réaliser des activités disons un peu plus amicales pour l'environnement. » L'agronome José Ibarra voit pour sa part la solution au niveau politique : « Je crois que la politique de l'État et de la société doit être beaucoup plus avec un emphase sur le thème environnemental, et non seulement sur le fait de capter les revenus. » Pour le sociologue Tomas Palau, c'est aussi au niveau politique que les actions doivent être entreprises pour inverser le processus actuel de la sojisation. « L'unique possibilité de changement passe par un changement politique au pays, puisque ce sont des décisions politiques qui doivent se prendre. » Pour sa part, l'ingénieur environnemental Robert Rolon est plutôt pessimiste : « Inverser le processus, je crois que c'est un peu difficile, mais s'il existait un réel système de politique nationale au niveau agroalimentaire auquel se référer, et qui pourrait dire, jusqu'ici on peut planter du soja RR, et tout le dommage devrait être effacé et l'équilibre écologique rétabli pour les écosystèmes, ce qui techniquement est encore possible, alors on pourrait encore espérer. Maintenant, logiquement l'environnement ne s'en remettra pas aussi facilement dû entre autre à la rapidité du processus ». Agustin Perdormo, député du parti libéral radical authentique ainsi que président de la commission étatique sur l'écologie et l'environnement,considère pour sa part que : « La force commerciale ne peut être contenue par rien, c'est impossible de la retenir. Ce que l'on doit faire c'est renforcer les mécanismes de régulation au Paraguay, et cela se fera lorsque nous aurons changé la manière dont nous sommes dirigés. » L'ingénieur Fabricio Vasquez avance quant à lui deux pistes de solutions : « C'est l'État paraguayen qui est appelé à redéfinir sa stratégie de développement national et sa stratégie d'intégration régionale. Notre pays doit de plus définir son modèle de développement conjointement avec ses voisins, spécialement ceux qui sont grand et, dans certains cas, affamés. Par ailleurs, les universités que nous possédons dans les zones près des cultures, soit les universités de l'intérieur, doivent plus s'impliquer dans les recherches sur ce sujet puisque malencontreusement, la grande majorité des scientifiques, et je m'inclus, sont loin de la réalité : nous sommes à Asunción, ce qui nous garde éloignés de la problématique. Et comme je le disais plus tôt : problèmes qu'on ne voit pas, problèmes qui n'existent pas. » Dans l'opinion de Rosa Oviedo, il est essentiel de respecter au Paraguay tous les systèmes de production pour conserver sa richesse naturelle représentée par sa diversité de cultures : « On doit respecter tous les systèmes productifs, mais aussi maintenir durables tous les systèmes en question. Car je ne peux pas obtenir d'un petit producteur qu'il maintienne son système traditionnel de production si cet homme peut à peine survivre. Donc il doit avoir un accès au crédit, il doit avoir un soutien technique, il doit légaliser la situation de sa propriété, problème empêchant souvent l'accès au crédit puisque l'homme n'a pas la réelle propriété de sa terre. » Finalement, dans l'opinion du dirigeant de la CENOCIP, Tomas Zayas, les stratégies pour inverser la situation sont nombreuses : « Nous considérons qu'il existe plusieurs stratégies, l'une d'entre elles étant la reconstruction de la communauté formée par les agriculteurs. La défense et l'élaboration d'un modèle de développement agro-écologique comme politique anti néo-libéral représente une autre option valable. » Il est encourageant de voir qu'ils existent de nombreuses solutions avancées pour inverser le processus actuel de la sojisation en cours au Paraguay, quoiqu'il ne semble pas exister de consensus sur celles à prioriser. Il manque seulement nettement de volonté politique. Au moins, un débat commence à avoir lieu dans l'opinion publique, et peut-être que les choses s'amélioreront. Tout va toujours mieux avec un brin d'espoir... Rédaction et entrevues par Valérie Fournier L'Heureux »
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